Un vol de voitures de luxe qui finit en tête-à-queue
Trois jeunes hommes sont arrêtés en octobre 2025 après une tentative de cambriolage dans un garage zurichois. Ce vol avorté s’inscrit dans un phénomène plus large, auquel fedpol répond déjà par des mesures de coordination opérationnelle.
Installés dans un train qui file depuis Lausanne en direction de Zurich, en cette fin d’après-midi d’octobre 2025, un adolescent et plusieurs jeunes hommes pianotent frénétiquement sur leurs portables. Échangés sur une application populaire de messagerie instantanée et de partage de vidéos, leurs messages sortent toutefois de l’ordinaire :
Ci-dessous, une formulation plus détaillée pour une meilleure compréhension.
– A : Les frères ça tape une armurerie ce soir du coup ?
– B : Oui, oui. T’inquiète pas.
– B : Tu vas juste récupérer la voiture
– C : Une armurerie ? Tu as sorti ça d’où ?
Tous reçoivent depuis quelques heures des instructions d’un commanditaire via cette application. Peu après la création d’un canal de discussion, celui-ci leur indique par exemple quel train prendre au départ de Lausanne. Le commanditaire ne tarde pas à leur donner plus d’informations sur leur cible du jour, un garage qui se situe dans l’Oberland zurichois :
Ci-dessous, une formulation plus détaillée pour une meilleure compréhension.
– A : Je fais mon itinéraire maintenant
– A : C’est laquelle qu’on fait
– A : Vas-y
– A : En tout il y aura combien de voitures ? Parce que la voiture bélier on la laisse là-bas ?
– B : Oui
– A: 3-4 voitures alors
L’objectif des malfaiteurs de s’emparer de voitures de luxe tournera toutefois court. Trois d’entre eux, un adolescent de 14 ans et deux hommes de 22 et 28 ans, sont interpellés peu après 22h par la police cantonale zurichoise. Celle-ci avait été alertée par un système d’alarme qu’un cambriolage était en cours dans le garage.
Recrutés via les réseaux sociaux
Ce vol avorté s’inscrit dans un phénomène plus large, qui est en augmentation. Quelque 180 cambriolages ou tentatives de cambriolage dans des garages ont été recensés à travers la Suisse durant l’année 2025. Les groupes criminels à l’origine de ces actes sont le plus souvent basés dans les banlieues des grandes villes françaises.
En Suisse, les auteurs n’ont souvent aucun lien avec les commanditaires ou entre eux. Ils acceptent leurs « missions » via des réseaux sociaux ou des canaux de discussion. Il s’agit d’une forme de crime as a service (traduit de l’anglais : criminalité en tant que service, voir encadré ci-dessous). Cela implique de nombreux risques, comme l’illustre le cas présenté dans cet article :
Ci-dessous, une formulation plus détaillée pour une meilleure compréhension.
– A : Je n’ai pas capté, c’est pour qui ?
– A : Moi je ne conduis pas, je ne sais pas piloter je t’ai dit déjà
– A : Y a que le parisien c’est un pilote, frère
– A : Et le petit de 14 ans je ne pense pas qu’il va conduire lui, si ?
– B : T’inquiète frérot, vous prenez une voiture et vous taillez à l’amitié
Les vols de voitures de luxe, tout comme les cambriolages dans des commerces d’armes, semblent être en grande partie le fait des mêmes groupes. Ces actes doivent être considérés comme une forme de criminalité organisée.v
Task-force en place
Les faits constatés à ce jour en Suisse, à l’instar du cas relaté dans cet article, relèvent de la compétence des cantons. Les polices cantonales se chargent de la gestion des interventions et de toutes les autres mesures d’enquête. Néanmoins, les enquêtrices et enquêteurs de fedpol apportent leur soutien et travaillent d’arrache-pied pour lutter contre ces infractions. En raison de l’évolution de la situation et de la multiplication des cambriolages et des tentatives de cambriolage, la Confédération et les cantons ont décidé, en avril 2026, dans le cadre de l’Association des chefs de police judiciaire suisses, de mettre en place une task-force nationale. La direction générale de cette task-force est assurée par fedpol. La conduite opérationnelle est assumée conjointement par fedpol et la police cantonale de Zurich.
Les efforts répressifs et préventifs mis en œuvre finissent par porter leurs fruits à moyen terme. Le recul actuel enregistré dans un autre domaine, celui des attaques à l’explosif de distributeurs automatiques de billets, vient le confirmer.
Crime as a service : quand les réseaux sociaux mènent au crime
Des jeunes à peine entrés dans l’adolescence vendent de la drogue, commettent de la fraude, des actes de cybercriminalité ou encore des vols et cambriolages. Partout en Europe, des adolescents sont recrutés via les réseaux sociaux par des groupes criminels. Ce phénomène nommé crime as a service n’épargne pas la Suisse, d’ailleurs on l’observe de plus en plus fréquemment.
Il s’agit d’une évolution inquiétante, qui requiert une approche globale à l’échelon de la société. Concrètement, cela signifie que la prévention doit commencer dès l’enfance. C’est précisément là qu’intervient le Plan d’action national contre la radicalisation et l’extrémisme violent : il renforce les compétences numériques des jeunes et améliore leur protection sur Internet.
fedpol soutient d’ailleurs plusieurs projets qui contribuent à la mise en œuvre du Plan d’action. Notamment le projet Mind-Hack de la police cantonale thurgovienne, qui crée des espaces d’apprentissage virtuels pour prévenir la radicalisation. Ou encore le soutien scientifique de la ZHAW School of Management and Law, qui planifie plusieurs publications traitant des aspects juridiques de la radicalisation et de la violence chez les jeunes.
« Une des missions de fedpol est de faciliter la coordination et d’apporter un appui aux polices cantonales, en fonction de leurs besoins et des ressources disponibles. Dans le cas des vols de voitures de luxe, nous sommes intervenus à la demande d’un canton pour apporter un soutien ciblé et adapté par le biais d’une task-force. »
Jan, chef de commissariat
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